mercredi 24 juin 2015

Notre belle sortie à Troyes

Bonjour chers amis,

Un très grand merci encore pour votre présence qui nous encourage sans cesse à vous proposer des moments encore plus délicieux de découvertes.

Je vous joins ci-dessous un petit album photos souvenirs :

Accueil à la Cité du Vitrail.






 Des auditeurs très attentifs.





De pures merveilles cisterciennes dites en grisailles
Créations contemporaines d'inspiration cistercienne


Un carreau de pavement vernissé de l'époque de Saint-Bernard.


Saint-Marcel : création d'un atelier parisien datée de 1935. Composition originale


Médaillon du 12 ème siècle similaire, dans son traitement, au vitrail de la Rédemption conservé dans le trésor de la cathédrale de Châlons-en-Champagne.



Belle initiative que cette Cité du Vitrail, voulue par le Conseil Général de l'Aube, qui permet d'approcher les techniques des maîtres-verriers médiévaux et contemporains dans un cadre lumineux.
Situé  dans l'enceinte de l'Hôtel-Dieu-le-Comte, daté du XVIIIème siècle, ce lieu culturel et pédagogique est installé dans une grange de la même époque.

Saint-Jean-au-Marché.

L'église est dédiée à Saint-Jean-Baptiste.
La nef et ses bas-côtés datent du XIIIème siècle et le choeur du XVIème siècle.
Située au sein d'un quartier marchand de la cité, elle s'inscrit totalement dans l'histoire des grandes foires de Champagne d'où son appellation " au Marché ".





C'est tout là-haut !

Pauvre Sainte Agathe. Belle verrière en grisaille datée du XVIème siècle.


Le jugement de Salomon. Epoque Renaissance.


Quelle grâce pour cette statue de la Renaissance ! Vers 1525.


Cette Visitation, attribuée à Nicolas Halins, est d'une grande sensibilité  avec les deux mains des femmes jointes posées l'une sur l'autre.
Elisabeth et Marie sont parées d'atours de la Renaissance très soignés.
Chef-d'oeuvre attribué au Maître de Chaource. Déploration sculptée vers 1515-1530.


Dans le Nouveau Testament la déploration est un épisode qui intervient entre la descente de la croix et la mise au tombeau. Pleurs et lamentation y sont représentés.
Le Christ allongé crée le lien entre les trois personnages, à savoir saint Jean, la Vierge-Marie et Marie-Madeleine. Saint Jean consolant Marie d'une apposition de sa main sur l'épaule droite de la mère de Jésus.
Remarquable composition de cet imagier renommé.


Un repos bien mérité.


Le retable du choeur de l'église date de la fin du XVIIème siècle. D'inspiration Italienne, il fut réalisé par Michel Noblet et embelli de deux tableaux du troyen Pierre Mignard, premier peintre du roi Louis XIV.
Colonnes en marbre noir et chapiteaux en marbre blanc.
Belle harmonie de cet ensemble composé dans le style antique.


Claveaux d'arcs et piliers de la nef un peu ébranlés mais tenant bon... Blancheur surprenante de la pierre.

Un grand merci à notre guide, Christiane Rolland, qui a su nous passionner pour ce bel édifice.

Pause déjeuner.

Bon appétit

Hôtel-Dieu-le-Comte.
Monsieur Arnaud Baudin, directeur-adjoint des archives et du patrimoine ( service du département de l'Aube ) et commissaire scientifique de l'exposition nous a accueillis et nous a présenté cette exposition évènement : Clairvaux. L'Aventure cistercienne.
Il a su, avec une grande érudition et une grande courtoisie, nous passionner pour ce délicieux moment passé dans ces salles emplies de trésors médiévaux.
C'est la première fois qu'une telle exposition de cette envergure est présentée autour de la vie monastique, politique, économique, artistique et intellectuelle de l'abbaye de Clairvaux du XIIème au XVIIIème siècle.
Plus de 150 oeuvres sont réunies du 5 juin au 15 novembre 2015.
Parmi ces joyaux à noter la Grande Bible de Clairvaux, manuscrit sur parchemin, datée de 1145-1150 et la Croix Reliquaire de la Vraie Croix créée vers 1210-1220.
La première crosse en argent doré ayant appartenu à Robert de Molesmes. ( 1028-1111 )
Histoire de crosses...



Sans borne... ( XVIIème siècle )


A noter que trois objets, conservés dans le trésor de la cathédrale Saint-Etienne de Châlons-en-Champagne, sont présentés dans cette exposition :

- la natte de saint Bernard sur laquelle il se reposait et serait mort en 1153. Il est d'usage chez les cisterciens de coucher sur une natte le frère qui va mourir.
 Ce fragment est composé de joncs tressés et repliés aux extrémités. Il porte deux cachets de cire dont un portant le monogramme du chanoine Leydier qui était secrétaire de l'évêché sous l'épiscopat de Mgr de Prilly, évêque de Châlons de 1824 à 1860.

- la sandale liturgique dite de saint Malachie.
  Contemporain de saint Bernard, ce saint irlandais meurt à Clairvaux le 2 novembre 1148.
  C'est un soulier fait de cuir rouge sur la tige. L'épaisse semelle est en cuir orangé. Couverte de rinceaux végétaux en fine peau dorée, cousue de fils de soie rouge, cette sandale peut être attribuée à Malachie car ce décor était fort employé à l'époque.

-  la mitre dite de saint Malachie
   Les dernières études et analyses sur cet ornement la dateraient plutôt du XIIIème ou XIVème siècle.
   Elle ne peut plus être attribuée à Malachie même si certains de ses éléments datent du XIIème siècle : les orfrois brodés et les fragments losangés par exemple.
( sources tirées du catalogue de l'exposition )


 Cathédrale Saint-Pierre-Saint-Paul.

Après un incendie, en 1188, qui détruisit l'ancienne cathédrale, la construction d'un nouvel édifice est décidée. Il sera érigé en plus de 400 ans. La guerre de Cent Ans ayant interrompu les travaux.
Les chapelles rayonnantes du chevet sont érigées en premier à partir de 1198 et la façade ouest ne sera achevée qu'en 1554 avec la base de la tour saint Pierre. Cette tour sera terminée en 1634.


Notre conférencière, Dominique Renaud, nous a présenté avec brio une partie des 1500 mètres carrés des riches verrières qui constituent cet écrin de lumière.



Vitraux du choeur du XIIIème siècle.


Vitraux de la nef du XVIème siècle.



Excellent exercice pour les cervicales.








                  Création début du XVIIe siècle







tabernacle










Mille mercis encore à nos intervenants.

A très bientôt lors de nos conférences d'été dans la cathédrale.
Dès que possible le programme vous sera transmis.

Avec nos plus amicales salutations.

Le CA  de votre association.

CL

Photographies : Michèle Jacquet  et  Claude Lafauche.





mardi 31 mars 2015

Saint-Vincent à la cathédrale Saint-Etienne de Châlons-en-Champagne ( suite )

Le dernier article sur Saint-Vincent était consacré à la courte vie de ce jeune diacre et surtout à son supplice face à son bourreau Dacien.
Je souhaite, dans cette suite, vous transmettre les différentes sources hagiographiques consacrées à notre saint.

La Légende dorée de Jacques de Voragine.

Jacques de Voragine, né a Varaggio en 1230, fut dominicain et archevêque de Gênes.
Dès son plus jeune âge, il est reconnu pieux et a beaucoup de goût pour les études chez les dominicains.
Archevêque en 1292, il emploie une grande partie de ses revenus au soulagement des pauvres et se prive bien souvent du strict nécessaire.
Il écrit cet ouvrage en latin (legenda aurea) entre 1261 et 1266. Initialement appelée legenda sanctorum, son contenu est très vite reconnu d'une grande valeur. Il est dit aussi précieux que de l'or.
Ce récit raconte la vie d'environ 150 saints et saintes et martyrs chrétiens. Une partie du texte est consacré également à l'explication des fêtes religieuses et à la vie du Christ.
Pour la rédaction de La Légende dorée Jacques de Voragine a puisé, entre autres, dans les oeuvres des pères de l'église tels que Grégoire de Tours et Saint Augustin dont la vie fut évoquée par Jean Fusier dans l'église Notre-Dame d'Epernay, Saint Jérôme etc...
Tous ces récits avaient pour vocation d'exalter la foi et le combat que mène Dieu contre les esprits du mal.
Instrument de travail précieux pour les prédicateurs pour la préparation de leurs sermons, la Légende dorée devient, avec la Bible et le psautier, l'oeuvre la plus lue, la plus copiée et la plus augmentée au cours des siècles suivant sa parution. Il existerait plusieurs centaines de versions, des plus simples au plus enluminées. La plus ancienne date de 1282 et est conservée à la bibliothèque de Munich.
La legenda aurea est le premier ouvrage imprimé en langue française, en 1476, à Lyon.


Le Peristophanon ou couronne des martyrs de Aurellius Clemens dit Prudence ( 348-410 ).

Prudence naît en 348 à Calahorra dans le nord de l'Espagne. Il appartient à une riche famille romaine et chrétienne qui lui donne une excellente éducation, notamment en droit. Sa carrière est rapide et il est nommé deux fois gouverneur d'une province pour terminer à la cour de Théodose 1er, en qualité de haut fonctionnaire.
Las des fastes de la cour et trouvant sa vie médiocre, il se retire de la vie publique et se consacre à la poésie qu'il mit au service de l'Eglise.
Il écrit de nombreux poèmes dont le Peristophanon ou Couronnes des Martyrs qui évoque, parmi d'autres, le martyr de Saint Vincent de Saragosse.
Il compose également Psychomachia (combat de l'âme et dans l'âme ) qui narre l'éternel affrontement entre les vices païens et les vertus chrétiennes. C'est un texte éminemment porteur au Moyen-Âge puisqu'il contient un message universel. Il est important dans l'histoire littéraire  puisqu'il s'agit du premier exemple en Occident de poésie allégorique.
Ce poème est d'ailleurs repris sur un pilier fasciculé du Cloître de Notre-Dame-en-Vaux. Les quatre vertus cardinales y sont représentées sous la forme de chevaliers et le vice imagé par un petit masque simiesque bientôt transpercé par l'épée de la vertu.

Je vous souhaite une bonne lecture.
Je vous transmettrai prochainement un troisième et dernier article sur notre ami Vincent.

A très bientôt chers amis.

Très cordialement.

CL


Photographies : Daniel Brossais

Notre voyage à Epernay

Chères amies et chers amis,


Par votre participation à notre déplacement à Epernay vous avez largement contribué au succès de cette belle journée de découvertes.
Nous vous remercions vivement et mille bravos d'avoir affrontés les éléments déchaînés de cette météo défavorable.

Toute notre reconnaissance à nos intervenants qui ont su nous faire mieux connaître, avec passion, ces monuments originaux. Certes moins connus mais très intéressants par leur conception, par les matériaux novateurs employés et par leurs commanditaires.



 
Nos intervenants : messieurs Ducouret Bernard, Fusier Jean, Leroy Francis et Wersinger Jacques.
Un merci supplémentaire à Jacques pour son accueil chaleureux.

 
photos de Jean Sanvoisin
A très bientôt pour une nouvelle escapade.
Très amicales salutations.

CL

NB : N'hésitez pas à nous communiquer vos observations ou suggestions en cliquant sur le petit crayon en fin de chaque article. Merci. 

mercredi 18 février 2015

Saint-Vincent à la cathédrale Saint-Etienne de Châlons-en-Champagne.



Saint-Vincent
Vincent est vénéré depuis la nuit des temps médiévaux, principalement en Bourgogne. Il est tout naturel que notre Champagne, renommé par son vin, ait adopté Vincent comme le saint protecteur des vignes et des viticulteurs de cette province.
 
Vincent, issu d'une famille noble et chrétienne de Saragosse, fut animé très tôt d'une grande piété. Confié par ses parents, très jeune, à l'évêque Valère, il siégeait déjà à 22 ans parmi les maîtres et devint diacre de son protecteur.
L'évêque Valère, souffrant d'un défaut d'élocution, lui confia la prédication et l'instruction des fidèles alors que lui se chargea de la prière et de la méditation.


Vincent et l'évêque Valère

Un diacre est, dans l'église primitive, un ministre institué par les apôtres pour les décharger des tâches matérielles au sein de la communauté. Par la suite, le diacre sera apte à annoncer l'Evangile, à baptiser, à assister le prêtre à l'autel et même à distribuer la communion.
L'un des sept premiers diacres sera Etienne.
Vous rencontrerez Vincent dans la sixième travée sud de la nef de la cathédrale, dans la belle verrière dite des saintes et des saints.
Il apparaît dans le registre inférieur, à gauche, vêtu d'une dalmatique bleue. Il tient la palme évoquant son martyre dans sa main droite et le Livre Saint dans la gauche.
Etienne, patron de la cathédrale, est représenté, à droite, dans le même registre, vêtu d'une dalmatique rouge. Il tient, lui aussi, la palme de martyre. Posée sur son crâne, une pierre est le symbole de ses tourments. Rappelons qu'il fut lapidé.


le diacre Vincent
 Durant les persécutions de l'empereur Dioclétien, au tout début du IVème siècle, plusieurs centaines de chrétiennes et de chrétiens périrent en Espagne.
Mû par sa haine et son aversion du christianisme, Dacien fut nommé proconsul des terres hispaniques.
Zélé et cruel, il ordonna de traîner Vincent et Valère à Valence, pour les mettre à l'épreuve et leur faire abjurer leur foi.
Enfermés dans une affreuse prison pendant très longtemps, ils en sortirent sains et joyeux. Les croyant morts de faim, Dacien rentra  dans une immense colère.
Il envoya en exil Valère et condamna, à divers tourments, Vincent  qu'il considérait comme un jeune homme arrogant et présomptueux, .
Etendu sur un chevalet, il eut les membres disloqués. Quant tout son corps fut brisé,
Dacien lui dit : " Réponds-moi, Vincent, de quel œil regardes tu ton misérable corps ? "
Et Vincent reprit en souriant : " C'est ce que j'ai toujours désiré " .
Alors, le proconsul furieux se mit à frapper ses hommes de main à grands coups de verges, les traitant d'incapables et fit traîner notre pauvre Vincent sur un brasier ardent.
Il y monta lui-même pour y être rôti et brulé. On lui enfonça des ongles de fer à travers son corps, déjà bien meurtri par les flammes.
Malgré ses souffrances notre Vincent resta immobile, les yeux tournés vers les cieux, priant le Seigneur.
Dacien, entêté, le fit coucher sur un lit de tessons très aigus. Et, tout aussitôt, les ténèbres du cachot se dissipèrent dans une immense lumière.
Les tessons se transformèrent en fleurs exhalant un parfum suave. Les entraves de Vincent se délièrent et, il eut l'immense bonheur d'être consolé par les anges.
Prenant un peu de repos sur un lit plus moelleux, il décida de fermer définitivement les yeux et rendit aussitôt l'esprit.
Vincent couché sur un lit de tessons
Son tourmenteur, plus entêté que jamais, abandonna son corps dans un champ, afin de l'offrir en pâture aux oiseaux et aux bêtes. Mais, un immense corbeau vint le défendre de la voracité d'autres créatures, dont celle d'un loup.
 
 Le corps de Vincent défendu par un grand oiseau
Quand il l'apprit, Dacien dit à ses proches : " Je pense que je n'aurai pas le dessus sur lui, même après sa mort. "
Il fit lester le corps de Vincent d'une immense meule et des matelots le jetèrent à la mer.
Dacien espérait qu'il fût, au moins, la proie des monstres marins.
Que nenni, la dépouille revint sur le rivage et fut ensevelie honorablement par quelques bonnes dames.

Une relique de saint Vincent, peut-être une étole, aurait été rapportée d'Espagne par le roi Childéric 1er, quatrième fils de Clovis. A son retour, il fit édifier une église aux portes de Paris, ainsi, à proximité, qu'une abbaye dédiée à saint Vincent.
Cette abbaye prendra le nom de l'évêque qui l'administra, Germain, et deviendra l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

La cathédrale Saint-Etienne possèderait un morceau du cubitus gauche de Vincent.

Prochainement je vous proposerai la suite de ce petit article sur saint Vincent dignement fêté le 22 janvier dans notre province.

A très bientôt.
Avec mes très cordiales salutations.

CL

Photographies : Daniel Brossais
Les médaillons sur la passion de saint Vincent sont visibles sur la lancette en bas à gauche du bras-sud du transept de la cathédrale.
 

 

vendredi 17 octobre 2014

Notre escapade à Septmonts et à Soissons


Chers amis,


Le Conseil d'Administration des Amis de la cathédrale de Châlons-en-Champagne, vous remercie très sincèrement pour votre participation à ce voyage et pour votre bonne humeur durant celui-ci. Sachez qu'il est très touché par votre présence assidue et votre fidélité.

La météo, au départ, n'était guère favorable. Dès potron-minet le brouillard régnait et, durant la traversée de Fismes ce fut une pluie fine qui nous accompagna. Nous arrivâmes cependant  à Septmonts à l'heure prévue et sans encombres.
 


 
La tradition orale transmet que le pape Jean VIII, né à Rome, de passage dans cette belle vallée aurait donné le nom de Septmonts à ce lieu en pensant à la ville éternelle dont il fuyait l'insécurité. Il se rendait vraisemblablement au concile de Troyes en l'an 878. Compliment flatteur s'il en est.

C'est à partir du XIIème que les évêques de Soissons eurent une résidence, déjà certainement fortifiée, à Septem Montes.

 
L'évêque Simon de Bucy, dont l'épiscopat s'étendit de 1362 à 1404, soucieux de protéger la population et sa très sainte personne, donna au château la force et l'élégance que l'on lui connaît aujourd'hui.



 
C'est Monsieur Denis Rolland, président de la Société Historique de Soissons, qui nous expliqua l'histoire de ce majestueux donjon et des autres bâtiments de cet ensemble castral. Avec lui nous gravîmes les 120 marches de cette tour, haute de 43 mètres, en découvrant à chaque niveau une belle cheminée, de belles arcatures, quelques décors sculptés et de beaux  panoramas sur le parc, d'un  côté, et sur le village, de l'autre.

Nous remarquâmes tous le grand soin apporté à la construction des murs de cet ensemble avec un bel appareillage de belles pierres du Soissonnais.


 
Une bien belle et surprenante découverte de ce château, mais aussi de ce charmant village à l' architecture toute particulière.

Un très grand nombre de maisons anciennes possèdent de charmants pignons dits à pas de moineaux,ou à redents, et donnent une ambiance médiévale à cette commune.

Le célèbre écrivain Roland Dorgelès écrivait " le style curieux du Soissonnais qui dresse vers le ciel ses pignons à redents comme d'insolites escaliers où grimpe le soleil ".

De retour dans le car, Sylvette Guilbert nous expliqua que la condition de l'évêque de Soissons était tout à fait similaire à celle de l'évêque de Châlons.

Ils étaient tous deux pairs de France et possédaient une résidence fortifiée à l'extérieur de leur évêché : Septmonts pour l'évêque de Soissons et Sarry pour l'évêque de Châlons, avec cependant une différence notoire. Si l'évêque de Soissons devait partager le pouvoir sur la ville avec le comte et la commune, l'évêque de Châlons était pair de France, on l'a dit, mais aussi comte de la ville depuis 1065 et ambassadeur du roi. Comme l'évêque de Soissons il avait le droit de basse et de Haute justice mais, en plus, il battait monnaie.

Du château des évêques comtes de Châlons il ne reste que deux pavillons d'entrée. La révolution française a détruit le reste. Simon de Bucy, fondateur du château de Septmonts, était même le petit-fils d'un chanoine de Châlons. Merci à Madame Guilbert pour son intervention savante.

Après le déjeuner, Monsieur Rolland nous fit une petite conférence sur l'histoire de la ville de Soissons de l'Antiquité à nos jours.

Notre temps étant compté, nous reprîmes notre car en direction de la cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais.

Celle-ci paraît bien isolée, sur la place Mantoue. Ceci à cause des nombreuses destructions tant dues à la révolution française qu'au premier grand conflit mondial du XXème siècle. Durant l'époque médiévale, elle était insérée dans un ensemble réunissant les quartiers épiscopal et canonial. Bien d'autres édifices, dans d'autres villes, présentent cet aspect, comme notre cathédrale Saint-Etienne qui a perdu également son palais épiscopal et son cloître canonial.

La construction de l'édifice actuel débuta vers 1176. Ce dernier quart de ce XIIème siècle correspond dans beaucoup de régions à une période de transition entre la fin du premier âge gothique et le début de l'art gothique classique.

 



Un fois le portail ouest franchi, on est ébloui par ce long et profond vaisseau de lumière, contrastant d'ailleurs avec la grande austérité de sa façade.

Le transept est d'une richesse remarquable. Le croisillon sud, partie la plus ancienne de l'église, est un chef d'œuvre du premier âge gothique. Il présente une abside arrondie sur quatre niveaux et l'ensemble est en forme d'hémicycle. Le croisillon nord est lui aussi un véritable joyau avec sa verrière magnifique typique de l'art gothique rayonnant. Il est, de plus, orné de deux tableaux : l'Adoration des Bergers de Rubens et la remise des clés à Saint-Pierre, 1624, de Philippe de Champaigne.




L'art gothique rayonnant irradie de lumière les églises et les cathédrales. Les parements de pierres inutiles sont remplacés par de magnifiques verrières et rosaces non moins superbes qui éclairent de couleurs chatoyantes les pavages de pierre de ces édifices.

Le chœur à cinq chapelles rayonnantes présente la même architecture à trois niveaux que la nef. De magnifiques vitraux des XIIIème et XIVème siècles ornent les fenêtres hautes. Une tapisserie du XVème siècle raconte la vie des deux saints patrons de la cathédrale.

Si l'extérieur de la cathédrale n'est pas particulièrement séduisant, le chevet présente, toutefois, des arcs-boutants à deux niveaux ou volées et de puissantes culées. C'est une innovation que l'on retrouve à Chartres, mais plus perfectionnée.

Nous quittâmes la cathédrale vers 16h. pour rejoindre l'abbaye Saint-Jean-des-Vignes, en passant par la chapelle Saint-Charles, seul vestige du grand séminaire fondé en 1682. Grande fut notre surprise lorsque nous découvrîmes, en haut de la colline St Jean, les ruines imposantes de cette ancienne abbaye.




 
Photos : Michèle Jacquet et Claude Lafauche

En observant le portail et les deux flèches élancées de l'abbatiale, on peut s'imaginer facilement la magnificence de ces lieux au XIIIème siècle. Fondée en 1076, l'importance de la communauté de 80 chanoines imposa un agrandissement des lieux. Le cloître, le magnifique réfectoire, le cellier et l'abbatiale en sont les témoins les plus significatifs. Il se dégage de ces murs une sérénité et un raffinement rarement égalés.

Lieu de culture qu'elle était, cette abbaye l'est toujours par la présence, dans ses murs, du Centre Départemental d'Archéologie et du Centre d'Etude des Peintures Murales Romaines. L'importance de cette cité à l'époque gallo-romaine explique la présence de ce dernier centre. Les vestiges d'un théâtre romain témoigne d'une agglomération romaine florissante.

Après la défaite du général romain Syagrius face au jeune roi franc Clovis, la cité deviendra royale durant l'époque mérovingienne. Le jeune vainqueur garda Soissons comme capitale et son fils Clotaire construira un mausolée royal, la future abbaye Saint-Médard. La crypte de Saint-Médard est la seule partie de l'église à avoir échappé aux démolitions massives de la révolution française.

Nous ne pûmes quitter Soissons sans évoquer cette scène cruelle du coup de hache mortel asséné par le jeune roi franc Clovis à l'un de ses soldats qui l'avait offensé lors du partage de butins suite aux pillages de plusieurs églises. A cette époque Clovis était encore païen. Grégoire, évêque de Tours, relate dans son Histoire des Francs, au VIème siècle, la contestation d'un soldat impétueux sur la restitution à un évêque d'un vase volé par les troupes de Clovis. Ce soldat envieux aurait frappé de sa hache de guerre le beau vase, qui finalement fut restitué à l'homme d'église.

Hincmar, archevêque de Reims au IXème siècle, rédigea la vie de Saint-Remi et dit, lui, que le vase devint la propriété de l'église de Reims. Une seule certitude cependant, le partage du butin a bien eu lieu à Soissons.

Cette scène est taillée sur le monument aux morts de la ville situé sur la place Fernand Marquigny, entre le chevet de la cathédrale et les vestiges romans de l'abbaye Notre-Dame, la plus ancienne de Soissons.

Sur ces dernières émotions, nous reprîmes le car qui nous ramena paisiblement dans notre cité.

Une bien sympathique sortie, ma foi !

Je vous transmettrai très prochainement les dates de nos prochaines activités préparées à votre intention.

A très bientôt.

Très cordiales salutations.

Claude Lafauche